Prendre du temps pour lire -11


Deux romans, voyages en Iran et en Afghanistan

En juin dernier j'écrivais cet article dans lequel je vous confiais que j'aime lire tous les jours, tous les soirs. Je vous proposais alors des livres d'Emmanuel Carrère un auteur qui a l'art de m'intriguer par ses écrits au sujet de personnes au parcours...uniques. Déjà six mois ont passés et si je semble avoir négligé cette rubrique, ce n'est pas que j'ai mis les livres de côté, bien au contraire. J'y reviens enfin pour vous proposer deux nouveaux romans lus dans la dernière année.

Vous aimez découvrir au fil de vos lectures des personnalités ou des personnages uniques, singuliers, humains?

"Aria" personnage central du roman du même nom de Nazanine Hozar et Mariam et Leila qui prennent vie dans "Mille soleils splendides" de Kahled Hosseini sauront vous plaire. Personnages plutôt que personnalités ces femmes dont la vie fictive nous est présentée n'en sont pas moins touchantes parce que si près de la réalité de tant d'autres au travers le monde. Deux récits empreints de sensibilité et si bien écrits!


"Aria", premier roman de  Nazanine Hozar, est paru dans sa version anglaise  en juin 2019; on le retrouve maintenant en édition française depuis septembre 2020.  L'autrice, Nazanine Hozar est née en Iran, à Téhéran, à l'aube de la révolution iranienne. Elle vit maintenant au Canada depuis les années 80. Ce roman est construit avec en filigrane toute la société iranienne en changement, des années 50 jusqu'à la révolution de 1979.

Nazanine Hozar (crédit photo: éditions Stock)

Aria, c'est  l'histoire d'une civilisation qui se transforme, une société divisée qui se heurte dans des changements brutaux, où la coercition et les exactions se font sous le signe du pouvoir des mollahs. C'est une entrée privilégiée dans un monde de femmes, dans ce monde où les femmes n'ont pas de place, pas  d'apparence, où elles perdent leurs droits; un monde où tous hommes et femmes doivent se soumettre à des diktats rigides. De Mehdi, à Zahra, Fereshteh, Aria, Kamran et Behrouz, le destin de chacune et chacun en trace les contours.

C'est par Aria que nous suivrons les méandres de ces années troubles et troublantes, Aria  cette petite fille abandonnée et trouvée dans la rue  par un militaire  qui décide de la prendre sous son aile. Nous la voyons grandir d'abord dans les rues pauvres de Téhéran, nous découvrons en suivant ses pas les  ruelles, le marché, le voisinage; nous l'observons dans sa solitude d'enfant, confrontée aux mauvais traitements de sa belle-mère hostile et réconfortée par son père adoptif trop souvent absent. Plus tard, nous la suivrons dans cet autre Téhéran, plus riche, aisé où la vie à la mode occidentale s'estompera peu à peu à mesure que la force de l'oppression se fera sentir. Dans cet autre Téhéran, elle sera protégée par une femme qui l'adoptera et sa servante...d'autres mères, plus douces, plus accueillantes. Aria n'aura de cesse de faire des allers-retours entre ces deux Téhéran à la recherche d'un lien perdu, inconscient. Plonger dans ce roman, c'est plonger dans un univers humain rempli de ses contradictions: amour, haine, jalousie, générosité, égoïsme, pauvreté, richesse...toutes ces facettes se rencontrent, se bousculent. Aria est un roman où l'émotion et les personnages nous lient tout comme la trame dramatique et historique intense, un roman qui ne s'oublie pas.

Avec "Mille soleils splendides", nous demeurons au Moyen-Orient, en Afghanistan cette fois. Le titre reprend des vers d'un poème du XVIIe siècle évoquant la ville de  Kaboul, où évolueront les protagonistes.

Ici aussi ce sont les histoires à couper le souffle de trois femmes, des héroïnes anonymes, qui nous obligent à la lecture, de la première à la dernière page. 

Mariam et sa mère sont bannies toutes deux de Herat, leur ville. Nana, servante enceinte de son maître, un homme riche, vit hors de la ville qu'elle aperçoit au loin, logée dans un abri rudimentaire offert par cet ancien maître. En 1959, elle y donne naissance à sa fille illégitime, Mariam. Toutes deux reçoivent la visite régulière de Jalil, l'homme riche, le père de Mariam. Adolescente, Mariam décide d'aller retrouver Jamil, son père, qu'elle sent aimant, espérant une vie meilleure. Sa visite encombre cet homme et sa famille, la réputation et l'honneur sont en jeu. Convaincu par des proches, il décide de marier Mariam a un homme qui l'amènera vivre à l'autre bout du pays, à Kaboul. Elle a 14 ans: ses rêves d'enfants s'effaceront peu à peu aux mains de son mari  rustre et brutal.

Leila nait à Kaboul lorsqu'éclate un coup d'état en Afghanistan, en 1978. Ses frères aînés meurent entrainant leur mère dans un désespoir profond. Elle grandit entre son père qui la soutient, sa mère absente, peu aimante et son ami d'enfance Tariq. La guerre, le décès des ses parents, la fuite de son ami Tariq avec ses parents, l'obligent à un mariage forcé pour survivre aux Talibans. C'est ici que son destin croise celui de Mariam: elles partageront le même mari, l'ignoble Rachid. L'aînée détestera d'abord la jeune épouse de son mari mais le temps et l'adversité favoriseront leur complicité et leur amitié.

Les tourments qu'elles rencontrent s'échelonnent sur une quarantaine d'années: de la guerre contre la Russie, à l'arrivée des Talibans dans les années  90.  Les contextes culturel et historique transcendent  le  roman et nous  ouvre à une connaissance  de ce monde lointain qu'est l'Afghanistan. Attention! Tout ceci peut nous rendre  curieux et avides d'informations complémentaires pour nous documenter davantage sur cet civilisation afghane ! Une lecture en entraînant une autre.

Khaled Hosseini(Crédit photo: Goodreads)

"Mille soleils splendides" paru en 2007 est le second roman de Khaled Hosseini, Américain originaire d'Afghanistan, il vit en Californie. Peut-être avez-vous lu son premier roman, "Les cerfs-volants de Kaboul"? Une autre lecture fascinante !






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